mon cœur peignait de sang ma tristesse,
abimé par la noyade d'une promesse.
les méandres rouges sinueux trahissaient ton détour,
tu t'étais enfuie sans ne même me renier ton amour,
aveugle de plein jour
j'étais aussi sourd.
je ne comprenais plus la confiance
et naissait en moi la défiance,
les torrents chantaient leurs gerbes d'eau,
les arbres chuchotaient leurs jolis mots,
et je n'avais plus que mes maux,
j'étais perdu,
disparu,
englouti,
engourdi,
et je n'avais plus aucun mot.
je retrouvai mes sens
et aussi ma présence.
je marchai des lieux et des lieux
sans ne savoir où j'allais,
sans ne vouloir me retourner
comme un automate,
tu étais si délicate,
pure comme le joyau d'un palais,
je ne pensais point être condamné
et devoir en mes mains froisser le soyeux.
je marchai des lieux et des lieux
sans ne savoir où j'allais,
sans ne vouloir me retourner,
les oiseaux ensemble chantaient des airs d'opéra
que triste, abattu et malheureux je n'entendais pas,
je marchai des lieux et des lieux
jusqu'à l'océan et ses vagues puissantes explosant l'écume
en bulles de murmures contre les rochers,
je me tenais au bord d'une falaise et le spectacle regardais,
sentant l'immensité et l'énergie violente déployée
jusqu'à reprendre un semblant de confiance séchant l'amertume,
ton départ douloureux peut être une nouvelle ère annonçait,
je pouvais redevenir heureux.
je fis quelques pas en arrière en levant mes yeux au ciel,
il était d'un bleu limpide, sans nuages, comme lavé de toute inquiétude.
je ne sais pourquoi, je me retournai,
tu étais là devant moi,
toi aussi tu avais été quittée
et des lieux et des lieux avait marché.
nos regards se croisèrent,
toutes les odeurs de la terre
toutes les odeurs de mer
toutes les odeurs des mystères
nous rapprochèrent.
tu t'avanças vers moi,
je te regardais avec émoi,
face à moi tu t'arrêtas,
nous nous sourîmes,
je pris ta main,
tu m'offris la tienne.
nous nous retournâmes,
pour une fois encore voir et écouter l'océan chanter le bonheur,
avant que de repartir en foulant l'herbe verte qui nous avait réunis,
pour marcher des lieux et des lieux ensemble,
pour rejoindre un jour notre futur nid.
j'entendais à nouveau les oiseaux chanter et les arbres se parler.
je t'entendais chanter le silence.
J'étais heureux.
Comme jamais je ne le fus de t'avoir rencontrée et aimée.
